Monthly Archive for August, 2007

L’Islande à vélo

Et bien, le voilà déjà parti! De bon matin, Mr. Moussette a chaussé ses chaussures de vélo pour partir à la conquête des terres inconnues de l’Islande (quand même connues un peu…). Avec ses deux poches remplies de victuailles, et d’équipement de top sportif, il a enfourché son vélo tout heureux. Et c’est à ce moment qu’il a déclaré: «sacrament c’est ben lourd!». Souhaitons-lui du beau temps et pas trop de vent de face. Vas-y mon Camille, t’es capable!
Bisouxxx ta Camillette

Laugavegur, une semaine de paradis sur terre

Ça fait déjà plus de 36 heures que je suis de retour à Akureyri, mais je suis encore bien euphorique. Les derniers jours passés dans le sud-ouest du pays ont été tout à fait féeriques. La randonnée Laugavegur m’a totalement envoûté avec ses sentiers et paysages digne de la plus grosse boîte de crayons couleur Prismacolor.

La Laugavegur est une randonnée de plusieurs jours entre la région Landmannalaugar et la vallée glaciaire de Þórsmörk. 55km de sentiers traversant des paysages très différents mais tous exceptionnels. Champs de lave, sources thermales, formations rocheuses hallucinantes, canyons et chutes vertigineuses, plateaux désertiques et calottes glaciaires, ce coin de pays est un large buffet naturel tant pour le corps que pour l’esprit.

Cette longue randonnée est probablement la plus belle d’Islande et possiblement parmi les plus belles sur la planète (pas juste moi, selon plusieurs sources aussi). Le niveau de difficulté est bien raisonnable et les multiples refuges parsemant le parcours rendent le séjour quasi luxueux. La météo est réputée très difficile et extrêmement changeante, comme un peu partout en Islande d’ailleurs.

Mon petit périple a commencé par la route Sprengisandur traversant l’intérieur du pays. Dix heures de bus sur routes F (routes de montagne) à se faire brasser le GoreTex, bien entassé avec moult touristes et cyclistes à la recherche d’aventures. Les champs désertiques s’enchaînent les uns après les autres, difficile de dire si c’est beau ou pas. Malgré les précipitations abondantes, peu de verdure ose s’installer dans cet environnement assez hostile. La route du Sprengisandur aboutie à Landmannalaugar, une région très unique et visuellement spéciale. Les montagnes jaunes de rhyolite côtoient de vastes champs de lave noire. C’est contrasté et doux à la fois, un peu comme du rock progressif en langage visuel. Mélancolique mais agressif à la fois. Une merveilleuse source thermale se trouve à 200 mètres du refuge. Le fond rocheux du ruisseau est plus chaud que l’eau, il faut donc ne pas rester trop longtemps assis au même endroit au risque de se faire brûler le fond de maillot de bain! Mais bon, il est difficile de demander mieux comme camp de base. Arrosé, du dernier Harry Potter, mon paradis sur terre commençait drôlement bien.

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Le lendemain, j’ai rejoint mon groupe de compatriotes randonneurs en provenance de Reykjavik. Pour des raisons de sécurité et de logistiques (refuges et transport), j’ai choisi de faire la randonnée avec un groupe du club de plein air islandais. C’est la haute saison et tout est quasi booké depuis des mois pour cette randonnée de plus en plus populaire. J’avoue que cet encadrement est à la limite du luxe, mais étant seul, c’était une de mes seules options raisonnables. Donc, nous avons amorcé la randonnée juste après le dîner, en direction plein sud. La météo était parfaite, frais et gros ciel bleu. Nous avons mis 6 heures de marche pour rejoindre le premier refuge. En soirée, vu les conditions climatiques exceptionnelles, nous avons gravi un sommet tout proche pour admirer le coucher du soleil.

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Le matin suivant, dame Nature nous a offert un bon brouillard dense et un facteur vent bien considérable. En fait, nous étions dans les nuages avec nos 1000 mètres d’altitude. Nous avons entamé la route, armés de nos armures microfibriennes et capuchonnés en guerrier du plein air. Le sentier nous a mené à des endroits vraiment impressionnants, par contre la fine pluie horizontale et le fort vent nous martelaient constamment. J’avais les mains complètement détrempées et gelées. La nature islandaise ne pardonne pas. Plusieurs randonneurs imprudents et possiblement un peu trop téméraires ont perdu la vie sur cette randonnée, suite à d’intenses brouillards et tempêtes impromptues. Bien préparé et avec un jugement clair, les risques sont bien modérés. Il faut seulement ne pas forcer la note quand la météo fait des siennes. Une fois descendu dans la grande vallée du lac Alftavatn, la pluie a cessé et nous avons pu apprécier la fin de l’après-midi en progressant à travers les magnifiques collines vertes environnantes.

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Samedi, la route consistait en la traversée de la région d’Emstrur avec ses petites plaines désertiques noires. Comme la météo était radieuse, nous avons allongé notre route avec un détour vers le glacier Myrdalsjökul. C’est en marchant aux pieds de ses géants de glace que l’on apprécie vraiment leur grandeur et leur force. Les montagnes de roche se font littéralement tailler et broyer par ces masses de glace. Comme la majorité des glaciers de notre planète, le Myrdalsjökul recule à vitesse grand V. Notre guide nous a indiqué que certaines chutes actuellement situées 500 mètres du glacier n’existaient tout simplement pas il y a une dizaine d’année.

La dernière journée de route nous a réservé quelques belles surprises. L’arrivée vers la vallée de Þórsmörk est vraiment magnifique. Une bonne traverse à gué jonche la dernière section du parcours. Je peux vous dire que de l’eau des glaciers jusqu’en haut des genoux, ça rafraîchit les mollets! Une fois rendu à Þórsmörk, la vallée s’ouvre d’un côté vers le glacier et de l’autre vers l’océan lointain. Les formations rocheuses au sud sont également très particulières. Les coulées de lave sur le glacier ont (jadis) formé des aiguilles et cavernes entortillées et très acrobatiques. Comme dernier souper, nous avons eu droit à un excellent BBQ d’agneau local suivi d’une veillée populaire avec les nombreux campeurs islandais. Le Verlsunarmannahelgin est un long weekend férié où tous les insulaires partent en camping pour chanter et boire.

Lundi matin, nous avons quelques heures pour explorer la route Fimmvörduhals, qui se rend au village côtier de Skogar via un haut col entre les glaciers. En deux heures, cinq d’entre nous avons gravi la route jusque qu’au début du col alpin. Deux collègues ont poursuivi la route pendant que nous rebroussions chemin. Quelques heures de route en gros autobus tout-terrain et 40 minutes de vol plus tard, j’étais de retour à Akureyri, à faire le bise à Camillette. Quelle belle semaine de randonnée à travers ces paysages époustouflants. Je m’en souviendrai longtemps de ces 6 jours en Islande!

Les photos sont dans l’album Landmannalaugar-Þórsmörk