Un samedi carré à Cambridge

Pour avoir des hauts, il faut des bas. Je ne sais pas si on peut attribuer cette notion à quelqu’un de bien connu, mais bon ce n’est pas vraiment important après tout. Le fait est que je crois que suis dans une passe plutôt convexe ces temps-ci. J’ai de la misère avec moi-même, à savoir ce que je veux, et peser les choix qui se présentent devant moi. Les conditions où j’évolue semblent gagnantes vous direz, avec un stage chez Microsoft, tant de voyagement, de la santé pis tout. C’est vrai, j’avoue que ça pourrait être bien pire. Mais il reste que la vie est la vie, et ce que ces temps-ci, je la trouve challengeante un peu. Pas au niveau matériel/biologique, mais plus au niveau psychologique/personnel. Ça fait presque 5 ans que j’ai quitté le Québec pour la Suède avec Camillette. De nouvelles aventures, des nouveaux trucs à découvrir, c’est excitant que je me disais (et que je me dis toujours)! Oui c’est enivrant et stimulant, mais avec le temps je trouve que c’est épuisant un gros tantinet. Ma soif des nouvelles aventures semble avoir atteint une patch de Sahara mental!

Vivre à l’étranger commence à m’user un peu les méninges, plus que je le croyais ou l’entrevoyais je crois. Rencontrer des nouveaux gens et vivre des nouvelles expériences veut aussi dire prendre contacts et renoncer à certains trucs (amis, famille, stabilité physique et mentale). Depuis septembre dernier, j’ai perdu ma Camillette vers Paris. Nous avons vécu notre lot d’éloignements forcés avec les années (échanges, études, voyages, etc). C’est toujours difficile, mais là on dirait que depuis que j’ai quitté Umeå en février, c’est plus difficile que jamais. On dirait que j’ai perdu tout port d’attache, tant physique que mental, en quittant la suède pour mon stage en grande-bretagne. Je me sens un citoyen de nulle part. J’ai trois adresses postales officielles, une au Québec, une en Suède et une à Cambridge, mais je ne peux dire qu’aucune est ma résidence personnelle vraiment. Je suis un étrange de passage si on peut dire. Ou un vendeur itinérant n’ayant rien à vendre.

Camillette est venue visiter la semaine dernière et ce fut vraiment agréable. Son retour vers Paris après le long weekend m’a fait réaliser à quel point c’est différent vivre seul ou en couple. La vie individuelle est synonyme de liberté à plusieurs égards, mais c’est aussi une isolation (ou réduction) sociale et personnelle. Au fil des ans, je ressens un certain étranglement de mon cercle social. Je suis encore à l’école mais les cohortes d’étudiants viennent et disparaissent. Ça donne un certain coup de vieux. À force de toujours être sur la go, mon panache social a perdu beaucoup de ses plumes. Et ce n’est pas vrai que je vais utiliser Facebook pour redonner des nouvelles mèches à mon plumet social! Je n’ai pas du tout besoin de plus d’amis virtuels. Je désire trouver des gens pour faire des activités sportives et jouer dehors. C’est ce que j’ai perdu en bougeant à répétition et c’est ce qui me manque le plus je crois.

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Le bon vieux temps où nous partions entre amis pour quelques jours de randonnée ou en camping, et bien c’est drôlement difficile à faire présentement. Premièrement, le temps manque et faire concorder les horaires des gens intéressés est toute une prouesse. Deuxièmement, j’ai souvent pas ou peu de matériel pour faire ce genre d’activités. Ce n’est pas toujours évident de trouver ce matériel disponible en location. Tout mon équipement est ailleurs en Suède ou au Québec (ou éparpillé dans une boîte en quelque part). Le transport peut s’avérer être un problème aussi. J’ai beau célébrer ma non-possession de voiture pleinement, mais bordel je dois concéder que c’est pratique une auto pour faire du plein air! Rien n’est impossible mais disons que c’est une contrainte de plus.

Donc, tout ça pour dire que la nature me manque. Je rêve à faire du camping ou juste passer de grandes journées dehors. J’ai récemment récupéré mon vélo pliable (je l’avais laissé à Paris avec Camillette), donc je pourrai faire un peu de vélo dans les environs de Cambridge. Demain j’ai une sortie avec un club cycliste local. Enfin! Pluie, pas pluie, je serai au rendez-vous c’est certain.

Où trouve-t-on son bonheur dans la vie? Je ne le sais pas trop encore. Je semble être dans une course éternelle sans fin, jamais content et toujours désirant être ailleurs. Le bonheur en fuite.

Mon stage chez Microsoft va moyen. L’environnement est vraiment top, mais c’est moi qui travaille mal je trouve. Trop de trucs titillent ma petite cervelle : où je m’en vais avec mes skis et mon PhD, qu’est-ce que je veux faire après mon PhD, où allons-nous finir par habiter l’an prochain, quand revenir au Québec cet été, pour combien de temps, pour faire quoi, des vacances au Québec ou ailleurs, etc. Ça plombe mon moral et ma concentration au travail. Une avalanche de questions sans trop réponses. Ces réponses dépendent principalement que de moi, c’est ça le plus exigeant. Ce n’est pas une crise existentielle, mais bon. Est-ce que c’est mon nouvel environnement, la trentaine, les hormones, voir les amis et collègues évoluer de leurs bords (enfants, maison, nouveau char), les aspirations professionnelles, les désirs personnels, qui sait? Un mix de tout naturellement. On dirait que ce printemps, cette soupe mentale est plus amère à digérer. Ou que ça roule un peu carré la vie ces temps-ci. Rien de grave, mais agaçant tout de même.

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Je ne sais pas si ça vient de ma mère ou de ma famille, mais en temps de doute et réflexion, rien de mieux qu’un bon petit repas! En ce samedi de mai, j’ai donc passé à l’épicerie du coin et dégotté des spaghettis carrés. Quelle belle coïncidence avec mon état d’esprit! Je dois avouer que j’ai juste été surpris et intrigué par cette découverte, et pas du tout pensé à mon moral en achetant la chose. Je me suis donc préparé un bon petit repas de pâtes à la carbonara pour prendre la vie du bon côté. Faire la cuisine est toujours agréable et ça change les idées.

Il reste seulement une heure à la journée, et j’ai encore un article à réviser. Ça fait du bien d’avoir écrit un peu sur moi. Désolé si vous comptiez lire quelque chose d’intéressant. Ce n’est que moi et mes problèmes. J’aimerais bien vous inviter à souper ou à faire une sortie de vélo ensemble, mais ce sera pour une prochaine fois.

Salutations,
Camille, un citoyen de nulle part.